Depuis le belvédère de Combres-sous-les-Côtes, le visiteur bénéficie d’un point de vue remarquable sur les paysages des Côtes de Meuse. Peu de sites offrent une lecture aussi claire du relief de cuesta et de l’enchaînement des côtes qui structurent l’ouest du Parc naturel régional de Lorraine.
Ce territoire est organisé autour de deux grandes « colonnes vertébrales » paysagères : les Côtes de Moselle et les Côtes de Meuse. Si chacune possède ses spécificités, toutes deux entretiennent un lien étroit avec les paysages qu’elles dominent.
L’automne est la saison idéale pour profiter de ce point de vue, lorsque les vignes et la végétation se parent de teintes chatoyantes. Il est néanmoins préférable de s’y rendre par temps sec, le cheminement à travers les vignes étant pentu et susceptible de devenir boueux. Les amateurs d’histoire pourront prolonger la découverte en empruntant le sentier intercommunal de l’Éperon des Éparges, qui plonge au cœur d’un site stratégique majeur de le Première Guerre mondiale.
Les Côtes de Meuse forment un long massif en arc de cercle tourné vers la plaine de la Woëvre, culminant à près de 400 mètres. Leur structure repose sur une épaisse couche de calcaire rauracien, datant du Jurassique supérieur, dont l’épaisseur varie de 80 à 130 mètres. Cette roche résistante explique la relative lenteur de l’érosion.
Les cours d’eau, comme le ruisseau du Longeau, affluent de l’Yron, ont néanmoins entaillé le plateau des Hauts de Meuse, creusant des vallées parallèles à la côte. C’est dans l’une d’elles que se sont installés Dommartin-la-Montagne, Saint-Rémy-la-Calonne et Les Éparges. L’érosion a également isolé plusieurs buttes témoins — Hures, Montgrimont, Corrois ou encore l’éperon des Éparges — qui témoignent du recul progressif de la côte.
Combres-sous-les-Côtes appartient au groupe des villages dits « sous-les-côtes », implantés à l’abri d’un rentrant du front calcaire. Contrairement à d’autres, le village actuel se situe légèrement en retrait, dans la plaine. Jusqu’au XIXᵉ siècle, une partie de l’habitat se trouvait plus haut, à la jonction du calcaire et des argiles de Woëvre, là où l’eau jaillit naturellement, comme à la fontaine Notre-Dame de Bonsecours.
Combres est un village-rue, dont les maisons s’alignent de part et d’autre d’un axe unique. Ce type d’organisation, très répandu dans la plaine européenne depuis l’époque franque, existait en Lorraine avant la guerre de Trente Ans. Malgré les destructions, le village a conservé cette structure. Les maisons jointives s’ouvrent sur des usoirs, espaces publics situés entre la rue et les façades. Autrefois lieu de stockage, véritable extension de la maison, les usoirs accueillaient : charrettes, charrues, tas de fumier, stères de bois provenant des affouages ; et lieu de sociabilité : on y faisait « couarail » sur un banc adossé à la façade. Ils participent aujourd’hui pleinement au cadre de vie villageois.
Mentionnée dès le IXᵉ siècle sous le nom de Commenias, dérivé du gaulois Comboros (« barrage » ou « confluent »), la commune s’inscrit dans un territoire occupé de longue date. La présence d’un site gallo-romain à Montville, au pied de la butte de Montgrimont, et le passage de l’ancienne voie romaine Reims–Metz en témoignent. À proximité, une épingle de l’âge du Bronze, aujourd’hui conservée au musée de Verdun, rappelle l’ancienneté de ces circulations.
Comme l’ensemble de la région, Combres-sous-les-Côtes a été profondément marquée par les conflits. Après les destructions possibles de la guerre de Trente Ans, le village connaît au XIXᵉ siècle une période de relative prospérité agricole et viticole. En 1851, il compte 569 habitants. La viticulture, très développée dans les Côtes de Meuse, décline fortement avec la crise du phylloxéra, avant d’être définitivement interrompue par la Première Guerre mondiale.
À partir de septembre 1914, Combres se trouve au cœur des combats liés à la formation du saillant de Saint-Mihiel. L’éperon des Éparges constitue un point stratégique majeur, offrant une vue dominante sur la plaine de la Woëvre. Les combats, marqués par la guerre des mines, sont d’une extrême violence.
Le village subit directement l’occupation allemande : pillages, destructions, violences contre les civils, déportations et usage de la population comme bouclier humain.
La partie orientale de la crête, le « point X », situé sur le territoire de Combres, reste aux mains des Allemands jusqu’en septembre 1918.
Maurice Genevoix, grièvement blessé aux Éparges, en livrera un témoignage poignant dans Ceux de 14. Son meilleur ami, Robert Porchon, y perdra la vie. Il est aujourd’hui enterré au cimetière national du Trottoir, sur le versant nord de la crête.
La bataille est connue côté français sous le nom de « bataille des Éparges », tandis que les Allemands parlent de « bataille de Combres », le village étant alors occupé. De nombreux vestiges et monuments liés à ces combats se trouvent aujourd’hui sur le territoire communal.
Libéré en septembre 1918 lors de l’offensive américaine, Combres sort entièrement détruit de la guerre. La reconstruction, menée sous l’égide du ministère des Régions libérées, repose sur deux principes : le régionalisme, qui vise à reconstruire dans le respect des formes traditionnelles -meilleure moyen d’effacer les traces de la guerre-, et l’hygiénisme, qui encourage la séparation des espaces de vie humaine et agricole.
Les fermes reprennent ainsi le modèle de la ferme lorraine à travées, tandis que l’église Saint-Étienne, reconstruite en 1926 par l’architecte René Raba, devient un marqueur fort de cette période. L’artiste Duilio Donzelli, figure importante de la reconstruction meusienne, y réalise plusieurs éléments décoratifs.
La Seconde Guerre mondiale touche à nouveau la commune en 1944, lors d’un épisode tragique impliquant la Gestapo. Depuis, Combres-sous-les-Côtes demeure un village rural, où l’agriculture reste centrale. La viticulture, disparue après 1918, renaît dans les années 1980 avec le domaine de Muzy, aujourd’hui emblématique du renouveau viticole local.
Le blason de la commune, adopté en 2021, traduit bien l’histoire de cette bourgade : L’étoile en or remplie de noir sur fond rouge représente les explosions de mines sur le champ de bataille du site des Éparges. La grappe de raisins représente l’activité viticole historique du village des côtes de Meuse et les croisettes pommettées représentent Saint- Étienne, saint patron de la localité, l’église lui est dédiée. La médaille représente la croix de guerre, que s’est vu décerner la commune suite aux nombreuses souffrances subies lors de la Première Guerre mondiale.
Parc Naturel Régional de Lorraine
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